Emile Zuccarelli, dernier carré Corse pour le combat républicain !

Né en 1940 à Bastia, régulièrement médiatisé par la presse parisienne, Emile Zuccarelli incarne en Corse la continuité centralisée. la clau s'essaie à percer les fondamentaux idéologiques de cet homme hors normes.

Le paysage politique ou dit "des idées" en Catalogne nord est en général bien ennuyeux : le même qu'en France, les catalanistes en plus, pour une saveur plus terroir. Alors, quand deux huluberlus débarquent sur la scène locale brandissant les fantômes d'Albert Bausil et de François Arago au nom d'une république en danger de séparatisme, le landernau se réveille qui en hurlant au scandale, qui applaudissant à tout rompre. Fin janvier 2006 donc ils créent l'ADPOR (l'association des Pyrénées-Orientales dans la république, doit-on préciser "française" afin que des gens mal intentionnés ne pensent pas leur fuite vénitienne ?), proclamant "il ne faut pas laisser la culture catalane aux catalanistes (...) Seule la France est en mesure de préserver efficacement les caractéristiques culturelles de notre département" (des Pyrénées-Orientales), n'hésitant pas au passage à dénoncer "l'entrisme de la Generalitat de Catalogne" par le truchement de sa représentation, rue de la Fusterie, dans la fidelíssima ville de Perpignan. Cependant d'où viennent les voix qui ont animé d'un sentiment valmysien nos deux Jeanne Dark ?
Les polyphonies corses portent plus loin qu'on pourrait l'espérer. Car c'est bien de "l'île de beauté" qu'est inspiré ce discours. Confère, le dossier de presse de l'association : "Le nom de l'ADPOR vient de la propre association de monsieur le député Zuccarelli en Corse. Prenant modèle le principal artisan de la victoire du "Non" au référendum sur le statut de l'autonomie de la Corse en 2003, face aux indépendantistes et à la droite et la gauche réunis, nous avons déjà été honorés de son soutien dés nos débuts".
Aussi, qui est monsieur Emile Zuccarelli, père putatif de ces deux chenapans ? Outre qu'il est député PRG - Parti des Radicaux de Gauche, sans discontinuer depuis 1986, maire de la ville de Bastia depuis 1985, il est polytechnicien de formation, successeur de son père à la tête des radicaux corses, disposant ainsi d'une très forte implantation locale. Il défend le cadre républicain et s'oppose fermement aux artisans de l'autonomie corse. Ceci le mettra en danger à plusieurs reprises, puisque son intransigeance lui vaudra plusieurs tentatives d'attentats auxquels il réchappera. Ministre des Postes et Télécommunications en 1992-93, il défendra le service public d'Etat. En 2000, son opposition au secteur des nationalistes corses qui refusent de condamner la violence et les attentats lui vaudra d'être exclu du gouvernement de Lionel Jospin. Lors de la présidentielle de 2002, il défend la candidature de Jean-Pierre Chevènement. Le 6 juillet 2003, lors du référendum organisé en Corse par Nicolas Sarkozy, il est l'artisan de la victoire du camp républicain avec le "Non". Partisan d'une Europe fédérale, il appelle à voter "Non" pour le référendum du 29 mai 2005 sur le traité constitutionnel européen, dont il dénonce un contenu à ses yeux ultra libéral.
C'est donc cette homme là qui est venu discourir à l'invitation de l'ADPOR ce 20 juin 2006 en l'enceinte de l'hôtel Mercure de Perpignan.
En juin 2006, deux figures corses ennemies ont fait escale à Perpignan pour rencontrer leurs homologues !

Le contexte politique est très intéressant. Deux semaines auparavant, le 5 juin 2006, Max Siméoni, "le Gandhi Corse", avait fait une escale à Perpignan avant de participer à un meeting à Girona sur le nouveau statut catalan du Sud, auquel la Catalogne d'outre-Pyrénées avait répondu "Oui" à 74%, avec 50% d'abstention.

A la question, "La Corse est une région comme les autres" ?, Emile Zuccarelli répond que : "Oui, la majorité des gens parlent et se sentent français. Et, la personne qui s'exprime mieux en corse qu'en français est morte depuis longtemps. Si je suis français avant tout, je n'en suis pas moins corse pour autant. Je parle corse, je peux versifier en corse, je peux même chanter !".


Sur le "désengagement de l'Etat" qui peut donner voix aux partisans d'une décentralisation accrue, il souligne avec malice que "la décentralisation n'est pas du désengagement. Cependant, lorsque l'Etat donne des compétences aux régions mais garde par devers lui une partie du financement qui devrait permettre aux collectivités territoriales de les assumer : il y a maldonne!".


Sur le bilinguisme et la non ratification par la France, à l'heure actuelle, de la charte européenne des langues régionales, il répond "on ne peut pour des raisons idéologiques imposer une langue qui n'est parlée que par 25 à 30% de la population à l'ensemble de celle-ci (...) Quant à la charte, elle n'a été créée à la base que pour des cas spécifiques, comme les minorités germanophones d'Italie ou hungarophone en République Tchèque, territoires dont les frontières ont coupé brutalement des populations entières de leur culture et leur mode de vie. Ce n'est pas le cas des langues régionales françaises".

Enfin, sur le référendum en Catalogne Sud il dit qu'il "admire la Catalogne qui a donné au monde de grands hommes et de grandes œuvres parce qu'elle est une terre de brassage. Mais on ne peut pas être de deux nations à la fois ! C'est plus une question de désolidaridarisation d'une province riche envers les pauvres…".

Alors, le combat républicain défendu par Emile Zuccarelli et l'ADPOR est-il semblable même s'il paraissent pouvoir se superposer ? Les choses n'ont de valeur que dans la dimension de leur contexte.

Nicolas Caudeville

 



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